NAITRE et
MOURIR en TERRE SARTHOISE au DEBUT du XVIIIe siècle
Etude sur les villages de VERNEIL LE CHETIF
& SAINT GERMAIN D’ARCE
Cette page a été créée suite aux recherches effectuées hiver 2010-2011, sur les archives de la paroisse de Verneil le Chétif après avoir traité «Le cas Bourguilleau» (page précédente). Nous nous sommes longuement attardés sur les B.M.S (Baptême-Mariage-Sépulture) où Anne Bourdilleau épouse Gautron sage femme était souvent citée. En regard du nombre (très) important de décès auquel elle dût faire face, nous sommes interrogés !
En effet, devant le bilan humain que nous découvrîmes alors, nous fûmes désireux de voir au-delà des dates qui étaient celles de notre recherche d’alors, mais aussi hors de la paroisse de Verneil et sur une période de 25 années !...
La Paroisse de St Germain d’arcé fut choisie du fait que nous y sommes en perpétuelles recherches et du fait de l’éloignement de Verneil, donc plus favorable à un meilleur jugement.
Considérations
climatiques pour la région :
Références : A.D.72, Wikipédia, dictionnaire Pesche, livre d’Henri Roquet.
Remerciements à Mme Jeannine Courcier
1693-1694 : Années considérées pour être la plus grande famine du siècle.
1703 : Pluies abondantes
1705 : Fortes chaleurs en Août : « Les thermomètres de Cassini et de La Hire sont brisés par la dilatation des liquides »
1706-1707 Dysenterie et variole. A St Jean de la Motte : en 5 mois, 103 personnes moururent de la dysenterie
1708 : Neiges abondantes, des vignes sont gelées. Epidémies et inondations
1709 : Hiver rigoureux. « La gelée dura du 7 janvier au 3 février, avec du 10 au 21 janvier -20° » Aux dires de Réaumur et Lavoisier :
« On n’avait jamais observé en France de froids aussi rigoureux » / Mai-Juin Pluies abondantes et inondations. Famine en France
1710 : Fièvre typhoïde.
1711 : Neiges et dégel avec pluies abondantes. Plusieurs villes sarthoises sont sous les eaux
1712 : Inondations en juin entre Seine et Loire. / Eté chaud
1713 : Pluies torrentielles en Juillet-Aout, destruction de récoltes, famines
1715 : Epidémies et inondations
1715-1716 Hiver rigoureux du 20 décembre 1715 au 31 janvier 1716 (Paris – 18,7°)
1717-1718 Etés chauds / Grande sècheresse de neuf mois en France, de nombreux puits sont taris. Dysenterie en France.
1719 : Tempêtes en Sarthe. Printemps avec invasion de chenilles. Epidémie de dysenterie en Val de Loire
1720 : La grande Peste (40000 morts à Marseille)
1723 : Année de sécheresse « on n’a point eu une semblable » (Vaas). La sècheresse dure 6 mois.
1725 : « Des pluies continues font pourrir les semences en terre ». Famine en France.
En réalisant un tour d’horizon des écrits sur le sujet, nous avons particulièrement apprécié l’excellent site http://cghfm.org que nous vous recommandons.
Avec l’aimable autorisation et les conseils avisés de Jean, nous
avons retenu les deux articles suivants :
Vivre, un dangereux
parcours :
« Naître vivant était déjà un
miracle. La mère accouchait assise aidée par une sage-femme " diplômée
". Eh oui, il fallait remplir un certain nombre de conditions pour être
reconnue " matrone ". Il fallait déjà être d’un âge mûr, avoir eu des
enfants soi-même et réussir un examen. Mr le Curé en était l’examinateur.
Oh il se moquait bien de savoir si la postulante avait des notions d’hygiène ou
de médecine. Il fallait surtout qu’elle soit bonne pratiquante et connaisse
parfaitement le rituel capable de prodiguer un ondoiement valable au nouveau-né
en danger de mort. Le reste était secondaire.
On ne s’étonnera donc point du nombre de mères mortes en couches. En cas de
naissances multiples la mère est quasiment condamnée, de même au moindre cas de
complication. Le nouveau-né vivant, n’était pas pour autant « tiré
d’affaire ». Le jour même, son père le sortait quel que soit le temps pour
le faire baptiser. Cependant certains curés eurent l’intelligence d’éviter
cette épreuve lors des grands froids en se rendant eux-mêmes au domicile des
parents pour y pratiquer le baptême.
Les premiers jours de vie sont risqués : les infections diverses
telles que le tétanos ombilical, les infections pulmonaires en hiver et
digestives en été, tuent un enfant sur dix dans la première quinzaine de sa
vie. Viennent ensuite les maladies de la prime enfance, maladies aujourd’hui
disparues, comme la diphtérie (le croup), variole, coqueluche etc. Tout cela
réuni, fait que seul 1 enfant sur 2 atteindra l’âge de 10 ans ».
Les épidémies :
« Indépendamment des épidémies
saisonnières semblables à celles de nos jours, la maladie suivait presque
toujours les grandes périodes de disettes. Sur cette population affaiblie par
la faim les maladies dont nous avons déjà parlé faisaient des ravages. La
notion de contagion était connue et pour éviter la propagation, les morts
étaient souvent enterrés sans passer par l’église, le curé procédant à une
simple bénédiction, souvent sans cercueil ni linceul et
parfois en mettant plusieurs corps dans
la même fosse.
Les épidémies étaient aussi fréquentes en été, comme quoi la chaleur était
presque aussi redoutable que le froid. A cause du manque d’hygiène la chaleur
favorisait le développement des microbes favorisant l’extension des maladies.
Ces épidémies étaient souvent limitées à un village. Ainsi l’épidémie de
choléra a frappé Fosses* en juin et Marly* en août soit 2 mois plus tard. On peut
supposer que l’approvisionnement en eau explique ce décalage, Marly ne buvant
certainement pas l’eau de l’Ysieux, a été protégée un certain temps ».
* Aujourd’hui dans le Val-D’oise
N.B Trait rouge pour Verneil le Chétif
Ce tableau basé sur 25 ans de naissances à Verneil le Chétif et Saint Germain d’Arcé, laisse penser que les villages sont de taille légèrement différente. Toutefois, les naissances des cinq premières années sont tout à fait comparables !
En l’année 1705 pour St Germain et 1706 pour Verneil s’opère le départ du bouleversement. L’histoire régionale parle pour 1706, d’épidémie de dysenterie et de variole. La chute continue de façon significative ensuite à partir de 1709, là encore l’histoire rappelle pour cette année, un hiver très rigoureux et pour 1710 une épidémie de fièvre typhoïde… La sécheresse record de 1923, verra encore l’année suivante, une chute de la natalité.
Par le chiffre, ces naissances avaient été en un quart de siècle : Pour Verneil de 1026 soit une moyenne de 41 nouveaux nés par an, et pour Saint Germain de 759, soit une moyenne de 30 nouveaux nés par an.
Ce premier tableau et ces premiers chiffres laissent toutefois apparaître une approchante similitude. Pour la différence du nombre, nous la laisserons à l’importance des deux villages. Mais la lecture des décès nous laisse avec une somme d’interrogations que nous vous invitons à partager. Espérant en effet qu’au nombre des lecteurs de ces pages, des avis nous seront communiqués, nous vous en remercions par avance.
N.B Trait rouge pour Verneil le Chétif
Ce tableau comparatif des mariages, présente toujours Verneil comme un village plus important (peut-être d’un quart) avec 10 mariages par an, pour seulement 7 à St Germain. La représentation serait plus approchante, s’il n’y avait pas eu l’exception des années 1702 et 1725 : pour Verneil avec 17 mariages sur ces deux années, et pour St Germain en sens opposé avec les années 1705, 1706, 1707. S’agissant en ce lieu, de la probable conséquence des épidémies vues plus haut.
Avec les données des naissances, retenons par le chiffre pur : Pour Verneil 4,18 enfants par couple.
Pour St Germain 4,57 enfants par couple.
N.B Trait rouge pour Verneil le Chétif
Ce tableau comparatif des décès, illustre mieux encore une certaine similitude dans le dessin.
Avec ces dernières données, retenons par le chiffre pur : Pour Verneil : 884 décès, soit 35 décès (en moyenne) par an.
Pour Saint Germain : 476 décès, soit 19 décès (en moyenne) par an.
En considération des 1026 naissances de Verneil (759 naissances à Saint Germain)… Il s’agit d’un constat d’importante surmortalité !
En considération de la balance naissance-décès :
En 25 ans, la population augmentera de 283 habitants à St Germain et 142 habitants à Verneil le Chétif.
Ci-dessous,
relevé dans les actes de décès de la Paroisse de St Germain, la liste des
‘’plus de soixante dix ans’’ (un âge très
avancé !)
Nos
aïeux avaient-ils connaissance d’un lieu (plus) favorable, en ces sombres
années ?
Tout le laisserait penser à la lecture des actes de l’état civil.
Ainsi dans les actes de St Germain: …des enfants de la ville de Tours étaient hébergés par des familles !...
Registre A.D 72 B.M.S 1700-1730, certains néanmoins n’ont pas eu le devenir espéré :
En marge : « Enfant de Tours chez Robin » Signé Auvrar
RETENUS AU FIL DES
PAGES : UNE SELECTION D’ ACTES :
Page 121/519 A.D 72 Verneil, Une centenaire à Verneil !
« La sépulture de (fille) Duvau âgée d’environ cent ans a été faite par nous Curé de Verneil ce 3 septembre 1708. » Signé De Bellanger
Page 81/282 idem ‘’sans nom, mais native de Gap’’
« Le quatorzieme jour du mois de janvier mil sept cens neuf mourut et le lendemain fut ensepulturé dans le cimetière de ce lieu par moy Curé de Saint Germain soussigné une femme qui s’est dite etre native de Gap en Dauphiné. Dont le nom est inconnu, et qui parraissait avoir l’age de cinquante ans ou environ ; elle est décédée en la maison seigneuriale d’Etival ». Signé C.Gaudin de la Pommerie
Page 100/282
« Le treizieme jour du mois de juillet mil sept cens onze naquit et le quinzieme en suivant fut baptisée par moy Curé de Saint Germain d’Arcé soussigné, Magdeleine fille de Messire Estienne Oulery de Malcot gentil homme ordinaire de la Chambre de feu son altesse royale Monsieur le Duc d’Orléans frere unique du Roy et Dame Du Paré son épouse, a ete parein Messire Antoine Francois Le Vacher Capitaine du Régiment de La Hire et mareine Damoiselle Louise de Ponthoise, tous de cette Paroisse sauf la dite Demoiselle qui est de la Paroisse de Chenu. Signé Gaudin.
Page 148/282 / Branche 14 dite de La Chartre
19 Janvier 1716, Baptême de Catherine fille de Pierre Bourdilleau laboureur et de Véronique Delaunay.
Parrain Jean Bourdilleau garçon et Marraine Catherine Budan fille, tous de la paroisse de St Germain.
21 Janvier 1716, décès et inhumation le même jour dans le cimetière de ce lieu, par moi vicaire soussigné Catherine Bourdilleau âgée de deux jours !
25 Janvier 1716, décès du jour
précédent Véronique Delaunay 36 ans femme de René Bourdilleau laboureur !
Page 283/519 AD 72 Verneil le Chétif
9 Juillet 1723, Naissance de triplés : René « Renatus », Mathurin
« Mathurianus » et Jean
Fermeau…
et décédés le lendemain 10 Juillet 1723 « Die 10 ejustdem mansis at anni ». (Mention en marge)
« Le baptesme de René et de Mathurin tous deus fils d’Urbain Fermeau et de Jeanne Hurson son épouse et né le mesme jour… seavoir René le premier et Mathurin le second, a este fait par nous soussigné ce 9 juillet 1723 et avons le mesme jour administre les seremonies de baptesme à Jean, troisieme aussi fils du dit Fermeau et de la dite Hurson son épouse, né le dernier des dits enfants nés le mesme jour. Lequel a esté baptisé a la maison acause du danger de mor. Le parrain de René a esté René Beucher, la marainne Magdeleine Brard. Le parain de Mathurin: Mathurin Perroux et la marainne Renée Besnard. Le parain de Jean : Jean Fleuriau, la marainne Jacquinne Diot, lesquels ont declaré ne savoir signe. » Signé Lambert
Page 239/282 AD 72 St Germain
« Le 31 aout 1724, a été inhumé dans le cimetière de ce lieu, par nous vicaire soussigné, le corps de François (nom rayé) fils naturel de Anne Pinson de la Paroisse de La Chapelle aux Choux. Décédé aujourd’hui et a nous présenté Robin son père nourricier. » Signé Auvrar
Positionnement dans l’Histoire de France
Louis XIV meurt
à Versailles le 1er septembre 1715
Règne de Louis
XV le Bien-aimé Roi de France 1715-1774
Page achevée en Avril 2011