CORRESPONDANCE  DE  JOSEPH

 

 

 


Correspondance
Entre le 8 septembre 1870 et le 25 décembre 1871
Parvenu par la gentillesse de Philippe+ et Pierre+ BOURDILLEAU  (Arbre N°14 la Chartre)

 

 


- Lettre du 8 Septembre 1870, de Julien (le Père) à son fils Joseph

 

 


- Lettre du 13 Octobre 1870, de Joseph depuis Fréteval (41) à ses parents

 

 


- Lettre du 19 Octobre 1870, de Julien (le père) à son fils Joseph

 

 


- Lettre du 9 Avril 1871, de J. de Saint Venant, Sous Lieutenant

 

 


- Lettre du 10 Mai 1871, de Pauline / D. Fouquet

 

 


- Lettre du 25 Décembre 1871 de Adrien Cormier, comité de Secours

 

 


 

Lettre de Julien (le Père) à son fils Joseph

 

 


St Amand 8 7bre (sic) 1870

 

 


Mon cher Joseph,

 

 


          Il est bien étonnant que tu ne nous donnes aucune nouvelle, ni de ton départ de Vendôme, ni de ton arrivée au lieu où tu es. Tes souliers sont prêts et ta chemise aussi, nous les tenons à ta disposition, ne sachant où te les adresser nous avons attendu. Par une lettre de la mère de Henri reçue ce matin nous pensons que Jeudi tu es passé à Blois, et que de là tu es allé à Morée (*l). Penses-tu y rester longtemps et faut-il t'adresser les objets que tu as réclamé en partant. D'ici à quelques jours nous allons rester le plus souvent à Lavardin ; j'espère Lundi prochain y transporter la plus grande partie de notre Mobilier, et dès demain j'y conduis du linge.

          Ces aller et retour de St Amand à Lavardin, et vice versa sont on ne peut plus pénibles et puisque nous devons à la Toussaint y demeurer, il vaut mieux prendre l'avance.

          Nous avons reçu une lettre de ton oncle Narcisse, partie de Chine il y a presque trois mois (*2) - dans ce pays d'idoles, il y coule des jours pénibles sa vie est exposée continuellement et il faut bien en faire l'aveu, elle n'est soutenue que par l'espoir d'une meilleure, celle du ciel. Oh mon ami c'est ainsi que nous devrions le considérer ; comme ce courageux combattant, sa foi vive lui fait voir Dieu partout. Dieu ce puissant potentat qui (*3) quand et comme il lui plait, le trône et la puissance (*3) aussi si le danger nous presse, si l'ennemi vient sur un champ de bataille, au milieu d'un combat inégal ou pour faire son captif ou pour mourir par un fer meurtrier, élevons nos regards vers le ciel et surtout vers la Ste Vierge, elle n'a jamais abandonné ceux qui ont recours à elle.

          Je me rappelle avoir entendu dire plusieurs fois à ton grand père lorsqu'il était militaire n'avoir jamais entendu gronder le canon au premier jour d'une attaque sans avoir fait le signe de la croix, et pensé à son salut en invoquant la Ste Vierge, il fut soldat 10 ans et revint dans son pays sain et sauf, il eut pu comme tant d'autres être tué mais au moins il se préparait à la mort, gardant le calme en toutes les circonstances de la vie. Je le demande à Dieu et pour moi et pour tous les membres de ma famille et surtout pour mes enfants.

          Ton père qui t'aime et t'embrasse,

 

 


J. Bourdilleau

 

 



(*l) Hôpital de Morée, à 3 Km. de Fréteval.
(*2) La lettre du 15 Juin 1870 arrivée l'avant veille à St Amand.
(*3) quelques mots illisibles, masqués par les taches du sang de Joseph

 

 




 


 

Lettre de Joseph à ses parents

 

 


Fréteval le 13 Octobre 1870

 

 


Mes chers parents,

 

 


          Je suis sorti de l'hôpital de Morée lundi dernier, quoique je ne sois pas entièrement rétabli cela va beaucoup mieux, je n'entends pas encore bien de l'oreille droite mais j'espère que cela reviendra avec le temps. A l'hôpital où je suis resté neuf jours on m'a posé six sangsues et un vésicatoire juste à la même place où on m'en avait déjà posé quand je suis tombé du prunier à Lavardin.

          Je n'ai pas eu de chance en sortant de l'hôpital, car le lendemain matin à 4 heures nous partions pour Châteaudun où nous sommes arrivés le soir à 4 heures après une marche de 7 à 8 lieues dans les champs et les bois ; nous n'avons couché qu'une nuit à Châteaudun, fort heureusement, car nous avons couché dans la halle et il y faisait très froid. Nous sommes repartis à 5 heures du soir, cette fois en chemin de fer, et nous rentrions à Fréteval à 9 heures du soir ; chose incroyable on nous a dit ce matin que Châteaudun avait été envahi par les prussiens, une demi heure ou une heure après notre départ, et en partant nous n'avons rien vu, pas un éclaireur ennemi rien bref (*1) nous allons probablement avoir des Chassepots (*2) aujourd'hui ou demain.

          Quant à l'augmentation de notre paye, il n'en a jamais été question, au contraire on nous retranche 10 centimes par jour pour payer notre habillement. Aussi chacun est obligé d'en mettre de sa poche, et malgré ma grande économie, les 15 francs que papa m'a donnés (la dernière fois que je suis allé vous voir) baissent fortement. Nous faisons tous les jours l'école des tirailleurs, il parait que c'est le genre d'attaque qui fait le plus de mal à l'ennemi. J'ai oublié de vous dire ce qui m'avait fait venir mal dans la tête, c'est un vieux couvercle de gamelle qui m'a été lancé par un camarade en jouant dans la cour de Ia caserne de Blois.

          Les Prussiens ont envahi Orléans parait-il ; ils sont plus las de la guerre que nous. Ils ne sont rentrés à Orléans qu'à cause de leur grand nombre car pris par petite troupe, ils se rendent sans résistance ; c'est ainsi que l'on a vu du coté de Châteaudun 30 cavaliers prussiens se laisser faire prisonniers par 3 francs-tireurs.

          Tout le monde s'accorde à dire que si les chefs de l'armée française voulaient, nous viendrions facilement à bout de nos ennemis.

          Adieu chers parents, je pense vous écrire encore bientôt.

 

 


Votre fils  J. Bourdilleau

 

 



Excusez la malpropreté de ma lettre, je vous écris sur une table de cabaret.
(*1) Ils reviendront occuper Châteaudun le 18 Octobre.
(*2) Les nouveaux fusils de l'armée française.

 

 




 


 

Lettre de Julien (le père) à son fils Joseph

 

 


Lavardin le 19 Octobre 1870

 

 


Mon cher ami,

 

 


          Lundi dernier en partant de St 'Amand, je jetais une lettre à la poste que tu as dû recevoir hier mardi. Dans cette lettre je te disais de m'écrire à Lavardin où tu devais à l'avenir adresser tes lettres parce que nous étions résidants depuis une 15aine. Aujourd'hui je suis surpris de n' avoir reçu aucun signe de vie de toi et je ne sais à quoi attribuer ton silence. Dimanche dernier une parente d'un jeune mobile de Fréteval qui était chargé de te voir et de te remettre quelque argent de la part de ta tante Fandeux n'a pu aller jusqu'à Morée et par conséquent te remettre cet argent ; En est revenu avec sa (naissère), rapportant pour nouvelle sur ton compte que tu étais encore à l'hôpital de Morée, (illisible) d'une maladie autre qu'une que tu avais eu pendant 9 jours avant ton départ pour Châteaudun, était ce la rougeole, était ce la vérole, je n'ai pu le savoir. De là, le besoin d'être renseigné sur l'état de ta santé, et l'anxiété où je me trouve en ne recevant rien. Ce matin, quelqu'un de St Amand est entré à la maison en allant à Montoire et a dit que tu étais retenu à l'hôpital à Morée par la rougeole, qu'il tenait le renseignement de ta tante Rousseau. Quelque soit ton état de santé écris-nous sans retard, et si tu ne le puis, prie quelque personne de le faire pour toi et fais adresser ta lettre à Lavardin près et par Montoire (Loir et Cher) afin de nous tirer d'inquiétude. J'attends donc sans retard et par le retour du courrier une réponse, je m'arrête ici.

          Reçois le souvenir affectueux de ta famille, celui de ton père en particulier qui t'aime et te serre dans ses bras.

 

 


J. Bourdilleau

 

 



L'adresse au dos est: Joseph Bourdilleau garde mobile de Loir et Cher 7ème compagnie 2ème Bataillon, à l'hôpital de Morée Loir et Cher.
A Morée en cas d'impossibilité du malade, remettre au directeur de l'hôpital qui voudra bien répondre de suite, ou faire suivre pour le garde mobile à qui elle est adressée (et parti de Morée).


 

 

 

          Fait suite la lettre de l'oncle de Joseph missionnaire en Chine écrite de Haimen le 2 février 1871 à sa famille. Dans son texte : "Chaque jour, je prie pour vous tous. Joseph me revient souvent à la pensée, il a du partir pour le service militaire. Est-il mort, est-il vivant ! J'attends ta réponse"
          Annotation :
          Joseph, Garde Mobile du Loir et Cher, au Régiment d'Infanterie N°75 a été blessé au poumon au combat de Loigny, le 2 décembre 1870. Transporté dans un Hôpital de campagne allemand, il y est mort le 27 décembre. Il a été enterré dans un enclos près du château de Bazoches les Hautes. Depuis ses restes sont parmi ceux de 1200 français morts pendant ce combat, rassemblés dans un ossuaire se trouvant dans la crypte de l'église de Loigny la Bataille ; son nom figure, parmi les Gardes mobiles du Loir et Cher, sans son prénom sur une plaque de marbre, à droite dans le cœur de l'église.

 

 

 




 


 

Lettre adressée à Julien Bourdilleau

 

 


St Ouen 9 Avril 1871

 

 


Monsieur,

 

 


          Je ne fais que recevoir votre lettre, arrivée ici pendant que j'étais absent. Je regrette de ne pouvoir vous donner de suite des renseignements sur votre fils, attendu que sur nos papiers il est simplement marqué comme disparu. Mais je comprends quelle doit être votre inquiétude et vous compterez que je tacherai de saisir toutes les occasions de m'informer de ce qui a pu lui arriver. Tous mes hommes, par leur bonne valeur et leur bon naturel, par leur cœur nous ont bien simplifié la tache difficile qu'on nous avait donné et ont trouvé quand même le moyen d'acquérir une belle réputation malgré les privations de toute sorte. Aussi, c'est pour moi un devoir de les en remercier et un plaisir bien naturel de chercher à rendre service à eux ou leur famille. Entre beaucoup d'autres sous ce rapport, j'avais toujours distingué votre fils, à cause de son caractère, de son obéissance et de sa bonne volonté.

          Ainsi vous pouvez être sur que je vous écrirai dès que j'apprendrai, quelque chose.

          Veuillez recevoir 1'assurance de ma considération distinguée

 

 


J. de Saint Venant
s. lieutenant

 

 




 


 

Lettre adressée à Monsieur Bourdilleau Propriétaire à Lavardin

 

 


10 Mai 1871

 

 


Monsieur,

 

 



          Ayant été au service de mon fils qui est décédé à Brandelon, j'ai demandé au greffier de la mairie s' il y avait quelques mobiles de l'arrondissement de Vendôme qui avaient succombé à l'ambulance : il m'a remis les deux lettres (*1) que je présume venant de Vous, il m'a donné les noms de M. Bourdilleau Joseph, mobile de Loir et Cher, décédé à Brandelon, Cme de Bazoches les Hautes, le 27 Décembre 1870, blessé, à Loigny.

          J'ai bien l'honneur de vous saluer.

 

 


D. Fouquet

 

 


Pauline 10 Mai 1871

(*1) Ces deux lettres sont celles du 8 septembre et du 19 Octobre reproduites plus haut : elles sont tachées du sang de Joseph.

Note : Au reçu de cette lettre, Julien a écrit au Curé de Bazoches, puis au Châtelain de Bazoches, lorsqu'il a su que le corps avait été enterré dans un terrain du Château. D'après cette correspondance, la personne qui a écrit la lettre ci dessus est une femme.

 

 




 


 

Lettre adressée à Julien Bourdilleau

 

 


Monsieur,

 

 



          Je ne sais si vous avez des renseignements sur le sort de votre fils, si vous n'en avez pas, je pourrai vous apprendre la douloureuse nouvelle que le voir sur un état de blessés que je reçois à l'instant.

          Il y a sur la liste de l'ambulance de Bazoches les Hautes, au château de Mr Rey, canton d' Orgères

          Bourdilleau (sans prénom) mobile du Loir et Cher, entré le 3 décembre, décédé le 27 décembre.

          Je ne puis douter que ce soit votre fils, je désire, Monsieur, ne pas renouveler votre douleur, pour mettre fin à une inutile et de plus cruelle peut-être que la mort elle-même qui ne laissait aucun doute à votre cœur affligé.

          Agréez, avec mes condoléances, l'expression de mon sympathique dévouement.

 

 



Le Président du Comité de Secours aux Blessés, pour Cormier Adrien
Chartres 25 décembre 71

 

 



Note : Le décès de Joseph figure sur ce document qui, en France, ne vaut pas acte de Décès.
Il faudra une procédure et un jugement rendu le 9 Avril 1874, pour que la mort de Joseph figure à l'état civil de Bazoches-les-Hautes, ce qui dispensera son frère Saturnin du service militaire.

 

 

 

 

 

 

Très nombreux lieux de souvenir à Loigny et ses environs. Ainsi l'église et le musée de Loigny conservent la mémoire des morts au cours de ce combat qui, tant du côté français qu'allemand, aura fait au total 9000 Victimes.

 

 

 

 


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