INVENTAIRE à
la FERME
DES BOURDILLAUX, le 15 Février 1817
Réf. AD.72 4 E 137
Inventaire après décès de la femme de Jean
Lorgereau, l'exploitant la ferme des Bourdillaux.
Le propriétaire du domaine était alors le
Sieur Lepingleux de Vaas.
Le 15 février 1817 vers les neuf heures du matin, le Notaire royal Lancelot-Pierre-François Lemercier demeurant à Chaudau commune de St Germain d’Arcé, assisté des Sieurs Joseph Bourdin couvreur et de René Porteboeuf cordonnier demeurant au bourg de St Germain, se sont transportés au lieu-dit des Bourdillaux.
En ce lieu, étaient présents, Jean Lorgereau, cultivateur, veuf d’Anne Lair, décédée le 27 novembre 1816, père et tuteur légal de Jean Lorgereau mineur âgé de quinze ans, et Pierre Gautron cultivateur demeurant à Mayet, cousin germain du côté maternel, subrogé tuteur élu et nommé à cette fonction par le conseil de famille.
Conformément à la loi, les parties ont requis le Notaire et ses assistants à procéder à un inventaire « exact et fidèle des meubles, effets mobiliers, bestiaux, titres et papiers et de tous autres documents ». Conformément à l’article 453 du code civil, l’expert nommé par Pierre Gautron subrogé tuteur, a été le Sieur Mathieu Menant demeurant au bourg « a l’effet de faire l’appréciation et estimation à leur juste valeur ».
Les dites parties intéressées et l’expert, en conséquence de leurs dires, déclarations, réquisition, protestation et réserves, nous, notaire soussigné avons procédé au dit inventaire, après toutes réserves de fait et de droit des parties intéressées.
Ont signé ce préambule détaillé sur 2 pages 1/2 : L.P.Lemercier notaire, J. Bourdin et R.Porteboeuf assistants, M. Menant expert.
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Le corps de bâtiment principal, façade côté
cour, mesurait alors environ 13m50. La partie habitation se situe sur la gauche
(côté fournil), et la partie destinée aux animaux sur la droite (avec
changement de niveau d’une marche). A noter, que le mur d’épaisseur 0.70 m à ce
changement de niveau, laisse penser qu’en des temps encore plus lointains, la
ferme, plus petite, se limitait à cet endroit. La ferme fut agrandie au 19e puis au 20e siècle. (Sur le site : SARTHE, LIEU-DIT LES BOURDILLAUX, UNE LONGUE HISTOIRE !) Le bâtiment annexe à gauche, destiné aux animaux est (toujours) séparé par un passage de 0.80 m du bâtiment principal. Il mesure 6 m de longueur sur 3,70 m de largeur, son emprise au sol est d’environ 22 m2. Les deux bâtiments comportaient un grenier. Le bâtiment de droite sur le plan ci-dessus, sans doute une charreterie, n’est pas mentionné dans l’inventaire. L’inventaire débute au milieu de la page 3 de l’acte, après les quatre signatures des parties concernées. |
·
La visite débute par la chambre « manable ». Il
s’agit de la pièce commune, occupée par les habitants du lieu, « les manants ».
Sur le plan, il s’agit de la pièce de gauche du bâtiment principal, avec son fournil adossé au pignon.
Traditionnellement pour ces inventaires, l’acte débute par le contenu et les abords de la cheminée (sans la citer). Les articles de feu sont nombreux : trépied, crémaillère, crémaillon, marmites etc. Un fusil à un coup (estimé à 3 francs), était probablement accroché au tablier.
Retenons plus particulièrement
les meubles, maintenus dans l’ordre original de l’acte.
Une maie en chêne (libellée met)
permettait de remiser 2 plats, 3 assiettes, une cruche, le tout en terre de
Ligron (poterie locale).
Un dressoir à quatre planches en bois de chêne (étagères) contenait : Une soupière, une cuillère à pot, 2 plats et 2 pots à bouillon en terre de Ligron,
Une « boête » contenant…
différentes ferrailles, un plat à barbe, un barril, 10 cuillères d’étain, 3
fourchettes en fer. (Pour 14 francs).
Un coffre en bois de chêne, fermant à
clef (à usage de la défunte), contenant 9 jupons de différentes étoffes et
couleurs, 4 justes au corps (habit) de serge et droguet (étoffe de laine
grossière) de différentes couleurs. 7 tabliers de toile et coton, 4 tabliers de
toile indienne, 7 chemises de toile commune, à l’usage de la dite défunte. 4
paires de poches de toile, 7 « coêffes » de toile commune, 4 autres
jupons de flanelle et toile, une mauvaise chemise. Deux grandes coêffes de
droguet, 7 mouchoirs de cou, mousseline et coton, 2 goulines et coêffes, plus 2
« plotons » de laine, 48 morceaux de linge à tête, en toile et
mousseline.
Un lit à quatre colonnes,
composé de
son bois de lit, paillasse de grosse toile, 2 coites (couettes) de
plume
« enfouillées » de coutil et toile, 2 oreillers. 1 traversin,
de même
que 2 coites,
2 draps de grosse toile commune, une couverture de serge grise.
Rideaux à carreaux et vergettes de fer (tringles légères). L’ensemble
est
évalué à 140 francs, se qui en fait la somme la plus
haute de l’inventaire. Pourtant le lit est situé à la 26e
place de la liste.
Fait suite, sans précision du contenant : 2 autres oreillers et un traversin enfouillé de toile, rempli de plume de poule, 2 autres draps de toile commune, 1 couvre pieds de grosse toile
Un basset en chêne (bahut) fermant à clef (15 francs), contenant 15 paires de bas de laine (ensemble 3 fr), 4 culottes, tant longues que courtes de différentes étoffes et couleurs (ensemble 20 fr), 2 habits de vintein (l’ensemble 26 fr), 3 vestes de demi-serge et flanelle, 5 gilets de différentes étoffes et couleurs, 6 chemises à l’usage du dit Logereau.
Plus un lot de guenille, un bissac (sac ouvert en long et fermé aux deux bouts), une alaise en toile.
8 paniers et 6 paillons longs et ronds (petits paniers d’osier) et une paire de soulier de la défunte (8 fr).
Fait suite 12 lignes de cet acte, pour le détail de fils (de couture), gros, blanc, brun, d’un poids total conséquent : 19 kilogrammes, et un total de 35 francs 70.
3 fléaux à battre le bled, un soufflet et une pelle de four.
Une table à deux tiroirs et deux banquettes.
« Qui sont tous les meubles et effets mobiliers trouvés dans la chambre manable ».
Trois pages ½ ont été nécessaires pour le relevé de cette première
pièce.
Entrée
de la chambre manable
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Accès au grenier, au dessus de la chambre
manable ![]() |
La visite se poursuit avec « un grenier au dessus de la
chambre manable »
Un lot de futaille (divers futs), 4 pots à lait, 1 panier d’osier « dans lequel est des fruits cuits », un lot de fourches.
16 doubles décalitres de dragée, composée d’orge et d’avoine (estimés à 32 fr)
7 doubles décalitres de bled- froment. 2 doubles décalitres et demi d’avoine.
« Qui est tout ce qui fut trouvé dans le dit grenier », 17 lignes ont été nécessaires pour le relevé chiffré de cette deuxième pièce.
Poursuite avec la grange :
Tout d’abord des outils de jardin : Une pelle, une bicorne (?), une bêche, une pelle ferrée, un godendard (scie passe-partout), une hache, deux faucilles. Puis, sur une perche, 2 chemises d’homme, deux gilets, une culotte, une veste de serge (l’ensemble 8 fr)
Un coffre en chêne, fermant à clef, (estimé à 4 fr). A l’intérieur :
4 kg « de poupée de brin » (fuseau d’étoupe), 5 kg de beurre salé avec le pot (8 fr 50), 4 autres kg de beurre salé avec le pot (6 fr)
4 aulnes (aune : mesure) de flanelle. (10 francs), 2 autres aulnes ¾ de toile commune. 2 nappes et un bissac. Le tout de toile commune.
2 serviettes et autres nappes. 2 autres nappes, 1 cherrier (?) de toile commune.
2 jupons de flanelle et droguet (8 fr 50). 2 mouchoirs de cou et 9 bonnets à usage de la défunte
« Qui est tout ce qui fut trouvé dans le dit coffre et dans la dite grange »
« et ensuite, passé dans un petit cellier » Avons trouvé :
Un bas d’âne (bâts de charge en frêne) et son collier.
Un vieux coffre fermant à clef, 9 mauvais paniers, un lot de ferraille, 3 claies.
60 doubles décalitres de pommes de terre (estimé à 40 centimes les 20 litres)
« Qui est tout ce qui fut trouvé dans le dit cellier ».
Constatons la sobriété ! Ou la dissimulation des habitants de la
ferme…
N.B : La vigne cultivée sur le
coteau, de Chambon aux Bourdillaux, permettait d’obtenir un vin blanc, fort apprécié !
Toit à porcs avec grenier![]() |
L’écurie : Bodet, vaches, brebis, chèvre
….![]() |
« Dans un petit grenier au dessus des toits à porcs » Avons trouvé :
4 doubles décalitres de pommes ‘’meslées’’ 3 fr
1 lot de paniers et claies
« Nous sommes ensuite passés dans l’écurie aux vaches » où fut trouvé :
Un baudet âgé de huit ans, dont moitié appartient au Sieur Lepingleux propriétaire du lieu. Reste 20 fr
Une vache sous poil marron, âgée de huit ans, dont moitié au Sieur Lepingleux, 30 fr.
Une vache sous poil blond, âgée de cinq ans, dont moitié au Sieur Lepingleux, 27 fr.
Une chôre (une chaure est une génisse) sous poil rouge, âgée de cinq ans, dont moitié au Sieur Lepingleux, 19 fr 50.
Quatre brebis et une chèvre, dont moitié au sieur Lepingleux, 22 fr 50.
Dans la cour du dit lieu, fut trouvé :
Une charrette et une civière (brouette ?) ensemble estimé à 38 fr
2 oyes (oies), 12 poules, 1 cane (ensemble 13 frs)
« Qui est tout ce qui fut trouvé dans la dite cour et attendu qu’il n’y a plus aucun effet à décrire et à comprendre au dit inventaire ».
Le total étant ainsi de 946 fr 59. Le dit Sieur Menant expert s’est retiré et à requis taxe de la somme de six francs, que le dit Logereau a payé comptant au dit Menant.
Signé après lecture faite/ M. Menant.
« A l’instant, nous notaire, à la réquisition du dit Pierre Gautron subroger tuteur du dit mineur Logereau, avons interpellé le dit (père) Logereau » : (aux questions) Il a répondu affirmativement,
Ne point avoir aucuns titres et papiers.
Aux numéraires : ne point en avoir.
Aux crédits actifs, il ne lui ai rien dû.
Aux crédits passifs, que la communauté est grevée des dettes et charges qui suivent :
Au moulin de Bruau, commune de Vaas, pour farine, qu’il lui a fourni : 7 fA Pierre Logereau garçon domestique, pour argent prêté : 6 fr
· A Noel Montriou, pour argent prêté : 6 fr
· A Jean Cormier pour quatre chapons : 6 fr
· A Pierre Bardet au Verger, pour barrière vendue et livrée : 8 fr
· A la fille de Thomas Richer de Belormeau, la somme de : 2 fr 50
· A Pierre Viau tonnelier aux Halles de Vaas, pour raccommodage de tonneaux, la somme de : 2 fr 50
· A Anne Loizeau fille domestique, la somme de : 3 fr 80
· Pour impôts fonciers, la somme de 3 fr pour termes échus.
Toutes dettes et charges passives, dont le dit Logereau, nous a dit avoir connaissance. Le montant est de 44 fr 80 :
« De l’actif du présent inventaire, et balance du dit actif avec le passif »
Le montant des objets inventoriés est de 946 fr 59 et le montant du passif est de 44 fr 80
Le montant général de l’actif est de 901 fr 79, dont la moitié appartient au dit Logereau Père & et l’autre moitié au dit Logereau Fils mineur.
« Ce fait est attendu, qu’il ne a plus aucune chose appartenant à la succession de la dite Anne Lair et de la communauté qui a eu lieu et existé entre elle et le dit Jean Logereau son mari, à décrire et faire comprendre au présent inventaire ».
Suit 14 lignes précisant avec grande insistance, les omissions sur recette, détournement d’effets, directement ou indirectement…
Dans le cas de quelques omissions involontaires, ou « qu’il parviendrait quelques chose à sa connaissance », d’en faire, par la suite déclaration !
« Depuis la dite heure de neuf de la matinée, jusqu’à celle de trois de l’après midi, ce qui fait deux vacations sans interruption ».
Avons clos et arrêté le dit inventaire.
Ont signé au terme de la douzième page de l’acte : Lancelot Pierre Lemercier notaire
Joseph Bourdin Assistant
René Porteboeuf Assistant
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Jean Pierre LOGEREAU est né le 27e jour de Ventôse An 10 de la République Française, sur les 8 heures de la matinée, du citoyen Jean Logereau cultivateur et d’Anne Lair sa femme légitime demeurant aux Bourdillaux dite commune de Saint germain d’Arcé, arrondissement de La Flèche. Le sexe de l’enfant a été reconnu être un garçon. Premier témoin, le citoyen Pierre Lair cultivateur demeurant au dit Saint Germain, âgé de 69 ans, grand père de l’enfant. Le second témoin, la citoyenne Marie Logereau femme de Jean Travaillard cultivateur demeurant à la ferme d’Etival au dit St Germain, tante de l’enfant.
Sur la déclaration faite par le dit Jean Logereau, père de l’enfant, ils ont déclaré ne savoir signer.
Constaté suivant la loi, Joseph Bourdin, maire de St Germain d’arcé faisant fonction d’officier public de l’état civil, soussigné.
Réf. A.D 72 : 5 Mi 311-5 vue 115
Anne LAIR, femme de Jean Logereau est décédée le 27 novembre 1816, sur les 6 heures du matin au lieu des Bourdilleaux sur cette commune, âgée de x …, fille de Pierre Lair et de défunte Françoise x … sa femme légitime. Sur la déclaration, qui nous a été faite par André Courault cultivateur âgé de 44 ans voisin de la défunte et par Pierre Bernard sacristain, demeurant au dit Saint Germain.
Dressé par nous Lemercier Maire de la commune de St Germain d’Arcé. Troisième arrondissement de la Sarthe. Soussigné le dit Courault nous a dit ne savoir signer. Le dit Besnard à signé avec nous. Réf. A.D 72 : 5 Mi 311-6 vue 195.
POSITIONNEMENT DANS L’HISTOIRE DE FRANCE Fin 1812,
après la campagne de Russie (et la retraite), les troupes du Tsar et du Roi
de Prusse s’allient contre l’empire. Les coalisés entre à Paris le 31Mars 1814. Napoléon
obligé d’abdiquer le 4 avril 1814, se retire sur l’ile d’Elbe. Soutenu par
la Grande-Bretagne et agrée par la Prusse, le Roi Louis XVIII est au pouvoir.
Mais l’échec de sa politique, permet le retour de Napoléon en 20 jours et
sans un coup de fusil ! 100 jours
après, la défaite de Waterloo, Napoléon Bonaparte abdique une seconde fois le
22 juin 1815, et il est
exilé sur l’ile anglaise de Sainte Hélène. Le 8
juillet 1814, Louis XVIII sera de nouveau au pouvoir, essayant de mener une
politique de réconciliation nationale
Les quatre images qui illustrent cette page sont la propriété de l'auteur.
Elles sont
issues de la gravure de Jean Bourdillau visible au chapitre "Lieu-dit
les Bourdillaux"
Aquarelles
Bernard Londinsky
Dessins Jean Bourdillau
Consultants Jean & Bernadette Samson
Nouvelle disposition Mars 2021
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