LES 4 GENERATIONS A LA FORGE DE JOUY  

en Eure & Loir de 1881 à 2005

Rapports communs avec le chapitre précédent :

Au chapitre présent: de père en fils, quatre générations réalisèrent la même profession, qui se différencièrent dans le temps par l’avancée des techniques et des besoins liés à leur propre époque. 

    Le lieu ne différa que de quelques pas, aux abords de la place de l’église de Jouy, près de Chartres en Eure et Loir.

LA PREMIERE GENERATION

Jacques Jean Bourdiliau, le premier en cette profession était né le 26 décembre 1843 à La Chapelle aux Choux dans la Sarthe. Né dans une famille de six enfants dont les frères et sœurs resteront dans l’agriculture, comme la totalité des ancêtres présents dans les actes des archives anciennes. Les parents de Jacques étaient Louis Bourdilleau né le 29 juillet 1807 et Louise Julienne Cholet née le 5 juillet 1807, ils s’étaient mariés le 26 avril 1831. Louis fut adjoint au maire de La Chapelle aux Choux.

Jacques Bourdilleau portera le patronyme avec la terminaison ‘’liau’’ sur son acte de naissance, suite à l’erreur du secrétaire de l’état civil, comme deux de ses frères (sans descendance) et 1 sœur !

Après sa période d’apprentissage chez un artisan non loin du domicile de ses parents exploitant la ferme de la Gilberdière, il poursuivit cette profession jusqu’à ses périodes militaires. Nous retrouvons sa trace sur les registres Matricules aux archives de la Sarthe (1 R 857) : Tout d’abord au 3e Régiment d’artillerie du 1er octobre au 31 décembre 1864, puis au 7e Régiment d’artillerie du 5 janvier au 6 mars 1866.
Il sera rappelé le 21 juillet 1870, au 5e Régiment d’artillerie monté, sous le matricule N° 6890. Ce régiment participa à la Bataille de Spicheren le 6 août 1870 près de Forbach avec les 5e, 6e et 12e batteries.

Après le conflit de 1870-1871, poursuivant sa profession de forgeron, il tenta sa chance en Beauce, avec l'espoir d’une vie meilleure. Venu en Pays Chartrain, il exerça chez Edmond Renaud, maréchal forgeron place du Tertre à Nogent le Phaye, où il sera domicilié à la date du 13 septembre 1875. C'est dans ce village à 7 km de Chartres, qu’il épousa le 29 Mai 1876 à l’âge de 32 ans, Melle Marie Louise Valère Lorpin 18 ans et 5 mois demeurant chez ses parents également Place du Tertre.

Deux enfants vont naitre de cette union : Charles Gabriel Julien le 7 mars 1877, puis Marie Louise Bourdiliau le 28 février 1882 tous deux nés à Nogent le Phaye.

C’est dans ces moments forts, que le couple fut informé de l’opportunité de pouvoir devenir patron à Jouy, encouragé en cela par Edmond Renaud devenu son ami.

Ainsi retrouve-t-on dès 1881 le nom de Jacques Bourdiliau parmi les noms des artisans forgerons exerçant alors, comme Aristide Glin et Martin Boulefroy présents sur les archives communales (Source J.C Ameline).

L’accomplissement de cette mutation avait pu être envisageable à la suite de la succession familiale en Sarthe (document ci-dessous à gauche).

 
Nous sommes particulièrement reconnaissant à notre cousine Nadine Horeau-Nicodème de nous avoir fait don de l’acte de la succession de 1876 dont nous présentons l’extrait ci-dessous à gauche. http://les.bourdillaux.free.fr/horeau-bourdilleau.htm




Sarthe. Dossier de la vente de la Gilberdière

Eure et Loir. Achat de la Forge de Jouy le 16 février 1884


-- Inclus dans ce dossier, l’acte du 13 septembre 1875 dont est extrait celui du procès-verbal d’adjudication : « Dans les successions de Monsieur et Madame Bourdilleau – Chollet, père et mère, dont il
(Jacques) était héritier pour un sixième, ainsi que cette cession résulte d’un acte reçu en minute et en présence de témoins par Maitre Chartier, notaire soussigné, le treize septembre mil huit cent soixante-quinze enregistré »

Fait suite l’acte de cession du 26 décembre 1875 : « Ladite cession eut lieu moyennant la somme principale de trois mille francs, qui ont été payé à Monsieur Jacques Bourdilleau suivant une quittance reçue en minute et en présence de témoins par Maitre Chartier notaire soussigné, le Vingt-six décembre mil huit cent soixante-quinze, enregistré ».

 -- Ci-dessus un extrait du second acte, de l’étude de Me Fournier notaire à Chartres, en date du 15 février 1884. « …ont comparu 1°/ Mme Noémie Zénaïde Mélanie Durand épouse de M. Narcisse Augustin Leroux cultivateur, 2°/ M. Yves Pierre Hyacinthe Durand cultivateur, veuf de Mme Augustine Elisa Corbin. Lesquels ont vendu par ces présentes, vendu avec la garantie de droit à laquelle ils s’obligent solidairement entre eux, à M. Jacques Bourdilleau Maréchal Ferrant et Mme Valère Lorpin son épouse, demeurant ensemble à Jouy… une maison sise à Jouy, carrefour Saint Georges, comprenant Chambre à feu dite maison, chambre froide, étable, grange, loge, salle, le tout couvert en chaume. Cour devant les bâtiments… ».  

Nous avons plaisir de posséder les actes notariés majeurs depuis l'année 1875. Ces documents permirent l’établissement de la branche « Eure & Loir » de Jacques Bourdiliau, forte aujourd’hui de six générations.

 

    1°/ A gauche, une rare photographie de Valère Lorpin (1857 – 1939) épouse de Jacques Bourdiliau, présente lors du mariage de son petit-fils Georges, elle avait alors 76 ans. 

Jacques était décédé à Jouy le 27 mai 1908 à l’âge de 65 ans. Son décès était pour la famille la conséquence de la disparition, 20 jours plus tôt de sa sœur Marie Horeau au Lude (Sarthe), avec qui il était toujours resté très lié.


2°/
Ci-dessus au centre, le livre de compte de l’entreprise de Jacques Bourdiliau et Valère Lorpin, ouvert à la page de l’année 1893. Ce registre avait été exposé au Musée du Patrimoine et des pratiques locales à Jouy Eure et Loir.
Le contenu du livre est composé de travaux de fabrication et d’entretien d’outils destinés aux vignerons (encore nombreux à cette époque) et aux cultivateurs et éleveurs (fers à chevaux, équipement divers)
Jacques Bourdiliau avait fait sa place dans cette activité en continuelle mutation. Ainsi remarque-t-on une forte progression devant le besoin pour les attelages agricoles, de quantité de fers à chevaux en particulier (fabrication et pose).

LA DEUXIEME GENERATION

Charles Gabriel Julien Bourdiliau avait 31 ans au décès de son père en 1908.

Il s’était marié avec Léonie Charlotte Cintrat à Oinville sous Auneau (Eure et Loir) le 27 septembre 1904. Ils eurent deux enfants : Georges né le 18 novembre 1905 et Georgette née le 19 mai 1908.

Gabriel a été employé de la dure école de son père dans cette profession de forgeron maréchal. Et il devint lui-même artisan, bénéficiant de la sérieuse renommée construite par son père.





Les images ci-dessus sont, de gauche à droite :
1°/ Sur cette photographie de 1912, de gauche à droite, Jean Baumier employé habitant Soulaires, Léonie & Gabriel Bourdiliau et leur fille Georgette (née en 1908). Cette photo a été prise à l’atelier, situé au lieu autrefois appelé Carrefour Saint Georges, actuellement 10 Avenue de la Gare. Devant eux, un avant-train en bois et roues en fer de charrue, derrière Jean Baumier une perceuse à lourd volant d’inertie.

2°/ La deuxième photo a été prise en 1915 devant la porte de la maison familiale : Léonie (32 ans) avec ses deux enfants. Gabriel Bourdiliau, comme son père  (en 1870) se retrouve à la guerre et son épouse doit assurer le fonctionnement de l’entreprise et la vie de la famille... Cette photo, en tenue ''des dimanches'', était peut-être à destination postale de Gabriel.

3°/ La troisième photo est celle du monument aux morts de la Grande Guerre à Jouy. L'entourage de ferronnerie date de 1923*, il est l'oeuvre de Gabriel Bourdiliau. L'ouvrage est intact malgré les risques encourus par la circulation automobile de part et d'autre et les grands travaux effectués au cœur de ville. 

* La grande guerre de 1914 aura marqué la famille : avec la disparition en Belgique de Louis Poitrimol de 22 aout 1914, la captivité en Allemagne de Paul Poitrimol époux de Marie Louise Bourdiliau (Sœur de Gabriel). Et l’inquiétude pour Léon Cintrat frère de Léonie (épouse de Gabriel Bourdiliau) combattant au Corps expéditionnaire d’Orient jusqu’en 1919.
Gabriel Bourdiliau, combattant de cette grande guerre fut blessé à la bataille de la Somme en 1916, lui laissant un handicap pour travailler
http://les.bourdillaux.free.fr/journal-14-18.html. 

Lorsqu'en 1923, la Commune décida de la mise en place d'un monument entre l’Eglise et la Mairie, à la mémoire de nos soldats morts dans les combats. Profondément désireux d’en être au nombre des exécutants : Ci-après l’extrait du traité de gré à gré en date du 9 février 1923 : « Gabriel Bourdiliau après avoir pris connaissance des plans et devis dressés par M. Maunoury architecte à Chartres, s’engage à exécuter le travail d’entourage du monument aux morts de la Guerre, conformément auxdits plan et devis, moyennant la somme globale et à forfait de mille cinq cents francs ».

L’ouvrage sera réalisé sans l’aide de l’électricité encore non installée à cette date... Celle-ci n’apparaissant à Jouy qu’en 1925. L’ouvrage sera réalisé en compagnie de son fils Georges âgé alors de 18 ans.

Comme Valère sa belle-mère avant elle dans l’entreprise familiale, Léonie sera là pour les lourdes tâches pendant la première guerre mondiale, les hommes étant au front. Elle fut celle qui tint le pied des chevaux lors des ferrures !
Gabriel décéda le 28 avril 1939 dans sa 63e année et son épouse Léonie née Cintrat, le 21 juin 1980 à l’âge respectable de 97 ans, à Jouy, suite à une courte maladie.

 LA TROISIEME GENERATION 

Georges Charles Bourdiliau

Comme pour la génération précédente, Georges fut l’apprenti de son père, puis après son service militaire en 1926 comme maréchal-ferrant à Kaiserslautern (Allemagne) il revint dans l’entreprise familiale.

Il se mariera le 16 septembre 1933 avec Suzanne Boulay à Pezou Loir et Cher, village où elle était née le 25 mars 1912.
L’activité professionnelle de Georges se déroula en parallèle avec celle de son père, jusqu’au décès de ce père à l’âge de 63 ans
Photo ci-dessous Suzanne et
Georges en 1933, dans le Loir & Cher.




Georges avait été rappelé à l’activité militaire le 6 septembre 1939 contre l’Allemagne, au régiment du Train Hippomobile et sera fait prisonnier le 24 mai 1940. Après un interminable voyage passant par le Luxembourg, l’Allemagne et l’Autriche
http://les.bourdillaux.free.fr/lettre-oubliee.htm, il sera au nombre des prisonniers affectés dans les ’’Bauernkommandos’’ dépendants du Stalag XVII B de Mauthausen. Pendant ce temps Suzanne son épouse, s’efforçait de maintenir une activité professionnelle ‘’suffisante’’ pour se nourrir et tenir à flot l’entreprise. Tout d’abord avec l’aide d’un prisonnier de guerre français : Marc Lucas de Corme Royale (Charente Maritime) désigné par l’autorité allemande, puis en 1944 par désignation de l’autorité française avec un prisonnier allemand : M. Gerhard Hildebrand… qui s’évada ! Il écrivit une lettre à Georges & Suzanne à son arrivée à son domicile (1947). (Lettre toujours conservée par la famille)

Après les années de guerre, Georges, devenu de santé fragile, reprit progressivement l’activité avec le retour des approvisionnements, en cette entreprise familiale  où maison et atelier avaient subi des dommages importants dus aux pillages. Une partie des confrères de la profession n’ayant pas repris leur activité dirigée vers l’agriculture, le travail devint plus important dans le domaine du ferrage des chevaux et l’équipement destiné à l’agriculture et l’élevage.

C’est dans cette période de l’après-guerre, que les deux enfants du couple Georges et Suzanne vinrent au monde : Jean Paul en 1945 et Geneviève en 1949.

L'activité professionelle traditionnelle se poursuivit dix années environ, puis l’agriculture en Beauce devint assez rapidement mécanisée. C’est ainsi que les forgerons et maréchaux se dirigeront vers les voies du développement mécanique et devinrent des mécaniciens.

Mais d'autres, comme Georges Bourdiliau avec son ‘’petit plus’’ dans le domaine de l’art, lui permettra dès 1955 la réalisation d’ouvrages plus artistiques. A la lecture du livre de compte de Georges et Suzanne Bourdiliau, nous constatons la grande diversité dans les réalisations. Figurent maintenant au registre, les noms d’architectes, d’entreprises du bâtiment, de magasins d’équipement de la maison, d’antiquaires et brocanteurs et aussi les particuliers habitant des maisons de week-end qui ont vu le jour tout au long de la Vallée de l’Eure.





Ci-dessus pour exemple, trois réalisations : 1°/ En 1959, la réalisation de 21 mètres de Mezzanine en ferronnerie cintrée en corbeille, du nouveau Cinéma ABC Avenue Jehan de Beauce à Chartres. 2°/ Années soixante, étude – réalisation et mise en place d’une rampe d’escalier en ferronnerie de style à Maintenon (Photo J.C.Calais). 3°/ Garde-corps décoratif de terrasse, composés de parties horizontales et de pente d’escalier, d’un ensemble en volutes forgées. Travail réalisé et mise en place à Rambouillet.

                                


C’est en 1970 que Georges Bourdiliau alors âgé de 65 ans prit sa retraite ô combien méritée après une vie professionnelle pénible commencée à l’âge de 13 ans. Ses journées avaient été de 10 à 12 heures, samedi et dimanche matin compris et ignorant les vacances.

Ci-contre, une coupure du journal l'Echo Républicain rappelle succinctement en ses lignes le passé de l'entreprise familiale et celui du maître ferronnier Georges Bourdiliau, qui fut conseiller municipal de Jouy.


      

LA QUATRIEME GENERATION

Jean Paul Gabriel Bourdiliau

 Son fils Jean Paul, ancien élève du Collège Technique de Chartres, devint au retour du service militaire à Landau en Allemagne, l’élève de son père Georges pendant cinq années. Voir ci-dessous l’article consacré dans les journaux locaux La République du Centre et L’Echo républicain.

A l’atelier, les méthodes acquises par Jean Paul, avec l’usage de certaines machines permettront un travail moins pénible et un temps de réalisation plus court réduisant ainsi le coût de la main d’œuvre. De plus, les cinq années sous la direction paternelle lui avaient permis de prendre connaissance des méthodes du XIXe (et probablement plus lointaines) où l’électricité n'était pas (encore) indispensable ! En effet certains travaux de restauration demandés, exigeaient  ce savoir-faire.

Pour les ouvrages courants demandés par la clientèle, le rendu du travail demeura identique et les inconditionnels de la qualité et du fini ne s’y trompèrent pas, la clientèle hors département devint plus nombreuse.

En épousant Mary le 4 décembre 1971 à Jouy, d’où elle est native elle aussi, le chemin sera tracé sur cette voie professionnelle .




Ci-dessus, comme pour son père, le choix fut difficile pour ne retenir que trois images sur ses années de pratique :

1°/ En cours de réalisation et avant polissage une lanterne murale en laiton découpé et soudé à l’étain. Pièce destinée au secteur parisien de la place des Vosges. 2°/ En janvier 1990, Image partielle, en cours de mise en place d’une rampe en fer forgé et main courante moulurée en laiton. Intérieur d’une maison de Montfort l’Amaury (Yvelines). 3°/ En avril et Mai 2001, vue partielle d’un garde-corps d’inspiration mauresque de longueur 23 mètres et 354 kg, en place sur l’ile de beauté.

Sans changement depuis 1933, la clientèle accédait à l'atelier et la forge par le portail de la Place de l'église (Autrefois appelé Rue de la Chapelle). Mais en 1976, sans changer l'implantation de l’atelier et de la forge, les clients de la ferronnerie, découvrirent à deux pas, la nouvelle entrée de la rue Pierre Maury, près de la Mairie. En effet, en Juillet 1976, Jean Paul et Mary Bourdiliau, inauguraient ‘’La Boutique du fer Forgé’’ qui permettait d’accueillir la clientèle dans un espace de 35 mètres carrés où étaient présentés à la vente, un éventail de réalisations issues de l’atelier et d’objets complémentaires de l’habitat.

En ce lieu depuis son bureau, Mary effectuait les tâches administratives et d’accueil pour les commandes. Le lieu était ouvert six jours sur sept et de 8 heures le matin à 19 heures sans interruption.
A l’atelier, à partir des années 80, Jean Paul appréciera l’usage de machines nouvelles, dont le but de certaines étaient de faciliter la manutention des lourdes charges, source des problèmes dont il souffrira.

Ci-dessous, ces trois images à l'occasion : 1°/ Du centenaire de l’entreprise, considéré alors à la signature l’acte d’achat de la maison (1884), mais suite à la découverte d'archives, l’année 1881 fut depuis confirmée. 2°/ Coupure de presse du journal relatant les journées du Patrimoine avec le concours de la Chambre des métiers et en association avec le Musée des Pratiques anciennes de Jouy. 3°/ Autre coupure de presse, à l’occasion de la cessation d’activité de l’année 2005.




 LES JOURNEES DU PATRIMOINE

Pour la reconnaissance des métiers manuels, le couple Jean Paul & Mary, s’investissaient avec passion à faire mieux connaître ce métier ancien et les méthodes des artisans. Ils purent entre-autre participer aux journées du Patrimoine.

Les week-ends d’ouverture de leurs locaux étaient fréquentés par de nombreux visiteurs. Jusqu’à 600 visiteurs fréquentèrent ces lieux. Cet accès au public avait demandé plusieurs jours de préparation pour la propreté et la mise hors-danger des points principaux. Il s’agissait de présenter et sécuriser pour l’occasion les grandes machines du XIXe siècle fonctionnant avec la force manuelle. Pour citer quelques-unes :  Une rouleuse à manivelle servant au roulage des cercles de roulement des roues de charrettes hippomobiles, une cisaille à levier, haute de plus de deux mètres permettant de couper les fers suivant leur section : fer en Té, en U, fer rond, fer carré, fer cornière. Et aussi la présentation en hauteur du gros soufflet de 1881 en cuir et bois, placé en situation, bien au-dessus des têtes des visiteurs.

Jean Paul Bourdiliau se faisait alors plaisir de réaliser trois démonstrations de forge par jour, en utilisant pour cela que les outils et machines à main d’antan fabriqués par ses aïeux. Ainsi le fer devait être coupé à la main, peu importe sa section ! grâce à l’inertie de la cisaille à boules datant de 1934. Le souffle de la tuyère de la forge à charbon, donnait elle aussi toute la mesure de sa puissance, prouvant parfois en démonstration que l’on pouvait obtenir la fusion du morceau de fer! La foule mise à distance raisonnable, pouvait assister aux différentes phases de cintrage, torsades, volutes et même au coupage de fers de forte section à l’enclume.

Une autre lourde machine participait également aux démonstrations, ‘’Le marteau pilon’’ ce ‘’progrès arrivé à la forge de Jouy en 1945’’, offrait aux visiteurs une gamme étendue de ses possibilités par la seule tension, plus ou moins forte de sa courroie en cuir. Le forgeron pouvait ainsi réaliser des ouvrages sur pièces de faible épaisseur, comme sur des fers massifs sortis de la forge !

LA RETRAITE EN DECEMBRE 2005.

Bien que tout fut envisagé depuis longtemps pour une reprise du fond artisanal, clientèle et matériel par des annonces spécialisées dont celles de la Chambre des Métiers, aucun retour ne fut enregistré et cela avant même d’avoir envisagé un prix !

Dans le même temps, un calendrier avait été dressé pour les commandes de matière et fourniture de la dernière année et le départ souhaitable d’une partie du matériel. Survînt à ce moment le décès de Suzanne (Veuve de Georges Bourdiliau). Elle avait travaillé pour l’entreprise à la vente du carburant et du gaz jusqu’à plus de quatre-vingt ans. Elle se plaisait à conter qu’elle était rentrée dans cette maison en 1933 et ne s’en était absentée qu’une semaine pour l’exode !

Jean Paul et Mary ont cessé leur vie professionnelle le 31 décembre 2005, après 42 ans d’activité pour Jean Paul à raison de 65 heures par semaine et pour son épouse Mary (après 15 années passées en emploi extérieur précédemment), ce fut pendant 30 ans qu'elle participa intensément au développement de l’entreprise.


A une époque si proche, pour ces femmes d’artisans,  bénéficier d’une retraite était inenvisageable du fait du coût exorbitant des cotisations pour les petites entreprises.

Comme les trois générations passées, ces femmes seront
« les oubliées des futures réformes de retraite »
.

La retraite arrivée, des années furent nécessaires pour collecter, réviser et vendre à prix modeste les machines-outils à des professionnels en activité. Il y eut aussi des ouvrages de ferronnerie d’époque XVIIIe et la bibliothèque de l’entreprise qui seront proposés à la galerie Drouot à Paris. Ces ventes il est vrai, auront permis à ces pièces d’être de nouveau appréciées, entre les mains des connaisseurs. La partie restante du stock, classée et  photographiée, composée de pièces très diverses, fera le bonheur des artistes et des amateurs. Des annonces visibles sur un site spécialisé depuis 2010, permettent leur départ, en effectuant parfois des rencontres agréables ou surprenantes !

LA CINQUIEME GENERATION existe bien, en la personne de Brice Bourdiliau né en 1981, fils de Jean Paul & Mary Bourdiliau.

Contrairement à ses aïeux, Brice était plus doué pour les études que pour la ferronnerie. Encouragé par ses parents, après le Baccalauréat, il prit le chemin de l’Université, puis de l’Ecole d’ingénieur.


En 2005, Il entra dans un Centre d’Expérience de l’Essonne, il y rencontra Amélie avec qui il se maria en 2018.
Chemin faisant, en cette grande entreprise sa voie professionnelle se dirigea vers…la résistance des métaux !





Chapitre réalisé en février-mars 2020

Illustrations avec images personnelles
Reportages Echo Républicain et République du Centre

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